Bruno Peyron raconte…
Bruno Peyron, qui récemment nous confiait sa sympathie pour l’O'pen BIC, est incontestablement un des grands noms de la voile française. Il a su non seulement se construire un palmarès hors normes en course au large, il a également imaginé et organisé une course qui est restée dans tous les esprits, The Race, regroupant les plus grands multicoques océaniques autour du monde. Détenteur du Trophée Jules Vernes pendant de longues années, il n’a été déboulonné que très récemment par Franck Cammas. Aujourd’hui si Bruno fait à nouveau parler de lui puisqu’il souhaite relancer The Race, c’est à ses débuts dans la voile, quand il était minot, que le blog O’pen BIC s’est intéressé.
A quel âge as-tu commencé à naviguer, à quel endroit et sur quel type bateau ?
De mémoire de famille avant de savoir marcher , les premières photos sont en chaise bébé en Requin (note du blog : très beau bateau d’ailleurs) accroché au vent , ou sous le vent , les embruns dans la figure , quand la reprise de bastaque était un peu trop lente , donc en fait j’ai dû aimer ça ! Ensuite le premier bateau familial fut un As cote d’azur , une sorte de caneton en bois , puis un corsaire , superbe petit bateau de bois de 5,50 m , nous étions sept à dormir dedans en croisière (parents et enfants ). Je suppose que ça apprend beaucoup de choses. La compétition est venue plus tard , vers l’âge de 12 ans sur 445 puis 420 junior, années magiques ou La Baule avait pour chaque tranche d’âge un équipage qui va bien : les Pajot en Flying, Nicolas Loday en 505, Marc Bouet en 470, nous en 420 junior, Jaffrezic en 420 Cadet, Yves Loday en Moth Europe. Une saine émulation au sein d’un club qui fait que les jeunes apprennent vite. On avait des entrainements été comme hiver , mercredi , samedi dimanche, quel que soit le temps. Résultat : étions tous imbattables dans la brise des que les conditions devenaient un peu difficiles.
Les motivations sont souvent complexes, qu’est-ce qui t’a amené, quand tu étais môme, à faire la voile ? L’exemple de ton oncle (cf Jean Yves Terlain) ?
Peu probable puisque nous naviguions bien avant de savoir qui faisait quoi. En mer à chaque période de vacance, en régate à partir de 12 ans. Une sorte d’atavisme familial contre lequel il n’y avait probablement pas besoin de se révolter.
A cette époque là, as-tu hésité, avais-tu une autre activité dans laquelle tu aurais pu t’impliquer ?
Non , je ne crois pas. Nous serions nés a la montagne des planches de bois au pied, nous ferions probablement du ski mais on ne boude pas une chance comme celle que l’on a eue, de naitre les pieds dans l’eau.
A partir de quel âge as-tu vu ton avenir dans la voile ?
Vers 16 ou 17 ans avec à l’époque une possible filière avec objectif olympique, mais plus réellement vers 20 ans lorsque j’ai décidé de me lancer plutôt « au large » dans la première mini et le Figaro. Une vraie école du large.
Quelle a été ta première grande course et ta première grande victoire ?
Le Figaro 77 ( course de l’aurore a l’époque ) puis la première mini 77 pour laquelle j’avais dessiné un proto a bouchains, voile a corne , doubles safrans, quille relevable et basculante latérale et avant/arrière pour modifier centres de dérive etc… Une « bombe » malheureusement virtuelle puisque bien évidemment je n’ai pas trouvé le financement. Mais cela reste un très grand souvenir. Ma première victoire ? Etre arrivé à Antigua lors de cette mini « initiatique » à 21 ans.
Finalement tu as fait tout ton sillage dans la course au large mais si un gamin te demandait aujourd’hui comment se lancer dans la voile, tu lui dirais d’aller dans quelle direction ?
Difficile question ! Je dirais probablement d’abord de croire que si l’on veut vraiment , on y arrive toujours . Ensuite de se lancer dans la voie ou il se fait le plus plaisir. Qu’il sache d’abord ce qu’il aime. Enfin, de se fixer un cursus de progression cohérent par rapport a ses objectifs. Et pour conclure , apprendre , apprendre, apprendre ! A chaque fois un peu plus au contact des autres.
La performance et la course au record sont les fils conducteursde ton parcours, mais qu’as-tu trouvé d’autre dans toutes ces années de mer ?
Oui , au début. L’esprit de compétition simple et sain mais au fil des ans , je me suis rendu compte que ce qui me motivait le plus était de défricher des voies nouvelles : la première mini, le premier grand cata en composite, le premier gréement bipode, le premier Jules Verne , les premiers multicoques géants, The Race etc… Puis en observant encore plus attentivement , je me suis aperçu que j’étais de plus en plus motivé par la « manière » au delà de la performance. Privilège de l’âge probablement.
Mots-clefs :Bruno Peyron, The Race